Le matin, c’est plus drôle. Etre ou ne pas être du matin, c’est la question. De bon matin, ce matin, j’ai vu plein de lapins qui se sentaient bons aller to work. Dans la rue, la fameuse, qui va de la sortie du métro au boulot. Long couloir rectiligne mais parsemé d’embûches : le stand Rétrodor de la boulangerie qui offre de la dégustation de tranchounettes de pain et du café en thermos, près duquel la boulangère joue à Chabal pour être certaine que tu vas tâter (no pain, no gain a-t-elle envie de hurler à l’amorce du plaquage). Il y a des crottes, ici les gens n’aiment visiblement pas leur quartier et ne ramassent pas. Il y a les mégots, les canettes, les bouteilles en pvc, des éclats de clignotant arrière gauche, sûrement pleins d’insectes qui grouillent sans qu’on les voit.
Par contre, les collègues que j’aperçois dans cette superbe rue crado ont tout sauf fière allure. L’allure, tout d’abord, wow : au petit pas. Unetelle manque de trébucher à la reprise du trottoir après les clous, quand mon voisin d’en face qui ne me voit pas, se fait klaxonner par une volvo grise et sale. Au radar ? Dans le gaz ? Dans le pâté ? Flou artistique ? Slow motion ? Stop motion ? Motion de censure oui ! C’est vraiment marrant, je trouve, de voir le rythme qu’ont les gens quand ils marchent. Le déhanché peut être si peu naturel parfois, l’enchaînement des pas semble être un fardeau. Lève-toi jambe stupide, pose toi pied idiot, allez, next ! Il y en a qui se dandinent, il y a les stoïques bien droits qui essayent de faire croire que ça va, but just look at their face, it doesn’t lie. Il y a ceux qui se frottent l’épaule ou le bras au mur, trébuchant sur le bûcher de leur propre fatigue, et se retournant éveillés 3 secondes pour voir si aucun collègue n’a remarqué, histoire de ne pas avoir honte.
Le réveil est la hantise du bon trouffion travailleur : le coup de la panne. Envie de dormir. Envie de câlins. On est bien à la maison. I hate that place where I work. It’s far. And dirty. Merde. Bon, faut y aller. Give me a gun, I’ll shoot a tree and feel better.
Mais plus drôle que ça, c’est le temps que corps et cerveau mettent à sortir du mode veille. Dans le métro le matin c’est assez évident : les réveillés se reconnaissent dans la soporifique apathie agglutinée.
Et le pire dans tout ça ? C’est que souvent ça n’est pas ton boulot qui va t’aider à t’en sortir. Good moooorninggggg !
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